Deux journalistes du “Nouveau Quotidien” l’ont fumé. Il est bon

Publié par : ASAC.

Des paysans se sont plaints de razzias. La marijuana helvétique u ses amateurs.


Le chef de la brigade (les stupéfiants du canton de Fribourg, Paul Grossrieder, comme le juge d’instruction pour la Singine, Carlo Bulletti, étaient formels: “Pour ressentir un quelconque effet, vous devriez en fumer un wagon.” Fort de cet avis, je décidai d’essayer le petit rameau de chanvre que les organisateurs du sentier didactique de Litzistorf ont remis à tous ceux qui le visitaient en ce début octobre 1994. Très précisément une partie de la fleur. Le résultat ne s’est pas fait attendre. A tel point que je jugeai bon de m’abstenir de reprendre le volant. Peut-être étais-je victime d’un effet placebo? Pour en avoir le cœur net, une collègue accepte à son tour de tester la plante. Le verdict tombe: “C’est de la très bonne herbe.” Recontacté, l’homme de la sûreté éclate de rire:


“C’était bon? Vous n’êtes pas le premier à me dire ça. Entre-temps, on m’a raconté que ça pète bien.”


Ah bon? Les autorités fribourgeoises ont pourtant fait procéder à des analyses sur dix prélèvements effectués sur les fleurs du chanvre cultivé à Litzistorf et a Estavayer-le-Lac. Deux instituts ont déterminé la teneur en tétrahydrocannibol (THC), la substance stupéfiante présente en quantité plus ou moins grande dans cette plante, et particulièrement dans les fleurs. Résultat: la teneur en THC des échantillons variait de 0,06% à 0,1%. Un seul, prélevé à Estavayer-le-Lac, donnait 0,52%. Ce dernier taux est important, car c’est à partir d’une teneur de 0,5% que les autorités helvétiques considèrent que le chanvre peut être utilisé comme stupéfiant. 
Deux échantillons du chanvre distribué aux visiteurs de Litzistorf ont également été analysés: leur teneur en TIIC était de 0,08%. Une quantité donc bien inférieure à la norme de 0,5%, mais qui suffit à provoquer quelque effet, du moins sur des journalistes. 
Faut-il donc remettre en question la norme ou la fiabilité des analyses? Leur valeur n’est pas remise en question par le Dr Werner Bernhard et le professeur Rudolph Brenneisen qui procèdent à Berne aux analyses. Niais aucun des scientifiques interrogés n’a jugé bon de tester sur lui-même leur validité. 
Dans un fax adressé le 22 novembre passé au NQ, Jean-Pierre Egger, avocat-conseil de la SWIHTCO, explique ainsi cette apparente contradiction: “Il y a comme un gentleme’s agreement tacite qui fait que la police ne dit pas que c’est du “chanvre àdrogue” et que la SWIHTCO, de son côté, respecte la loi.” Et d’ajouter: “C’est du chanvre normal en THC comme tout chanvre agricole depuis cinq mille ans.” Qu’en pensent les fumeurs reguliers? Certains apprécient 1 herbe nationale, d’autres trouvent que c’est du “foin”. En tout cas, cinq plaintes ont déjà été déposées ces dernières semaines par des paysans, victimes de razzias dans leurs champs. La police ne ferme pas les yeux. Niais combien d’hommes faudrait-il pour surveiller 120 hectares répartis sur plus de cent communes? 
L’idée que leur herbe puisse servir de drogue indigne la plupart des agriculteurs. Mais pas tous. Comme Bernard Rappaz, de Saxon, un pionnier en matière de culture, puisque son expérience date de 1975, avec de multiples tracasseries policières à la clé: “Le chanvre peut aussi être récréatif.” C’est-à-dire bon à fumer. De son côté, Jean-Pierre Egger raconte qu’il connaît déjà une douzaine d’agriculteurs sous contrat de SWIHTCO qui le boivent sous forme d’infusion. 
Pas étonnant. En Appenzell, on garde toujours en mémoire “la pipe du dimanche”. La paysannerie helvétique est simplement en train de renouer avec une vieille tradition. La commune zurichoise de Wangen arbore ainsi le chanvre sur ses armoiries. Partout, des lieux, des noms évoquent le chènevis, comme s’appelle la graine. Guillaume Chenevière, patron de la Télévision suisse romande, par exemple. C. A.


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