Chanvre-Info veut reprendre le flambeau de Cannabioland

Publié par : FABIEN HÜNENBERGER.
MORAT – André Fürst commercialise déjà la production d’une vingtaine de producteurs de Suisse romande. Il espère accueillir plus de mille personnes par jour quand son domaine agricole du château de Prehl sera opérationnel.

FABIEN HÜNENBERGER


La bâtisse, ornée d’une belle façade rococo, aurait appartenu à Jost von Diesbach. On dit aussi qu’elle figurait dans les possessions de Louis d’Affry. Changement de registre: le château de Prehl est désormais la vitrine de ChanvreInfo, une entreprise spécialisée dans la commercialisation des dérivés du chanvre. Si la firme s’est installée cette année à Morat, c’est dans l’intention de profiter de la dynamique d’Expo.02 (notre édition du 8 mars). Chanvre-Info? L’entreprise avait fait parler d’elle l’an dernier, lorsque le juge d’instruction André Piller avait ordonné la saisie de plusieurs centaines de kilos de chanvre dans les locaux discrets qu’elle occupait à la route de Berne à Morat. C’était la première fois que la police faisait fermer un magasin de chanvre dans le canton. Eu renaissant, l’entreprise semble avoir pris des airs de Cannabioland bis.


Directeur de Chanvre-Info et locataire du château de Prehl, André Fürst sourit lorsqu’on évoque l’épisode. “Ils ont pris une tonne et demie, mais c’était surtout des tiges, qui n’ont pas beaucoup de valeur”. Et la détention préventive ordonnée à l’encontre du gérant de Chanvre-Info? “A ce jour, le juge ne m’a pas encore écrit pour me dire de quoi j’étais inculpé. Je pense que mon affaire est suspendue tant que le cas de Cannabioland n’est pas réglé.”


SUCCÈS CROISSANT


A Prehl, André Fürst collabore avec Martin Gutknecht, éleveur et propriétaire des lieux. Mais c’est lui qui assure le financement de la transformation de l’étable en locaux de vente et la construction d’un espace de pressage des graines de chanvre, un chantier devisé à au moins un demi-million. Il ne cache pas ses ambitions une fois les travaux terminés, à la fin 2001: “Nous espérons recevoir 1000 personnes par jour”. Les visiteurs du pavillon agricole de l’exposition nationale, qui s’installera quelques centaines de mètres en contrebas, sont claire-ment visés. Chanvre-Info n’a cependant pas attendu la fin (ni même le début) des travaux pour mener ses activités. “Dès que je suis sorti de la prison préventive, j’ai reçu une avalanche de coups de téléphone de gens inquiets qui se demandaient si j’allais continuer à leur vendre du chanvre parce qu’ils étaient malades et que ça les soulageait. Que pouvais-je répondre? Leur répondre (l’aller s’acheter du Valium à la pharmacie?”


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Le gérant avoue travailler actuellement avec une vingtaine de producteurs, répartis dans toute la Suisse romande. Les clients? Ils viendraient de loin à la ronde, n’hésitant pas à faire plusieurs centaines de kilomètres. Et comment interpréter la visibilité qu’Info-Chanvre tente de se donner en sollicitant les médias, quitte à habiller en communiqué de presse un article paru dans les “Freiburger Nachrichten”. “Je pense que l’époque a changé. L’information sur le chanvre n’étâit pas aussi large-nient diffusée quand Cannabioland a ouvert ses portes en 1996.” Apôtre de la légalisation du chanvre, André Fürst n’est pas en peine de détailler ses arguments: vertus thérapeutiques de la substance active, absence de dépendance…. Et la vente aux jeunes? La présence du futur CO de Prehl ne va-t-elle pas créer des tentations? Le patron de Chanvre-Info jure qu’une pièce d’identité est demandée aux clients pour prouver que leur âge dépasse les 18 ans. Il se promet aussi de ne cultiver que des chanvres pauvres en THC dans ses trois hectares de cultures moratoises. Les productions à fort taux, elles, resteront loin des regards indiscrets. FH