La fin pour un membre de la bande à Rappaz

Publié par : La Liberté.

La police «descend» chez un chanvrier moratois


Réveil brutal, hier matin, pour les occupants de la ferme de Prehl à Morat, qui abrite Chanvre-Info et où la police a débarqué en force. A quelques jours de la récolte de chanvre (ci-contre un champ photographié en juin), le juge d’instruction a ordonné la cessation des activités de l’exploitation et la mise sous scellés de ses locaux. Vingt personnes se retrouvent au chômage technique.






Un chanvrier moratois doit cesser toute activité sur ordre de police


ENQUETE · A quelques jours du début de la récolte de chanvre, la police a séquestré la production d’une entreprise moratoise. Vingt personnes se retrouvent au chômage technique.


Les pensionnaires de la ferme de Prehl, qui abrite Chanvre-Info à Morat, ont connu un réveil plutôt abrupt, hier matin. Ouvriers et hôtes de passage ont dû quitter les lieux à la suite d’une descente de police. «Ils ont débarqué à une dizaine vers 8 h 30 et nous ont priés avec insistance de ficher le camp», raconte François Rossel. Lui-même fait partie d’un groupe de trois passionnés du Moyen Age qui font route à travers le canton avec leurs ânes. Ils se sont arrêtés un peu plus longtemps que prévu dans la ferme moratoise, où leur a été offert le gite vendredi soir.


«Nous accueillons passablement de monde», assure Rüfi, l’un des employés les plus fidèles d’André Fürst, le patron de l’entreprise. «Certains nous donnent un petit coup de main, d’autres ne font que passer. Il faut savoir que nous sommes une vingtaine d’employés à plein-temps. Déclarés et en toute légalité», martèle-t-il.


La saison des séquestrations aurait-elle repris, peu avant celle des récoltes? C’est en tout cas pendant cette période qu’il est possible d’analyser le taux de THC (substance psychotrope active) contenu dans les plantes. La police rappelle qu’elle avait déjà saisi du chanvre dont ce taux dépassait largement la valeur admise (0,3%) chez André Fürst en septembre 1998 et en mai 2000. L’enquête ouverte contre celui-ci ne date donc pas d’hier. «Depuis quelques mois, nous avons constaté que la personne mentionnée vendait différents produits dérivés à la «ferme de production Chanvre-Info», à Morat. Il existe par conséquent des soupçons de violation de la loi fédérale sur les stupéfiants», indiquent les autorités par voie de communiqué.


TROIS OUVRIERS AU NOIR
Sur ordre du juge d’instruction André Piller, elles ont donc procédé à des perquisitions. Et affirment avoir saisi «de grandes quantités» de produits à base de chanvre (fleurs, thé, substitut de tabac), ainsi que des plants séchés. Des échantillons ont également été prélevés dans les champs. Enfin, parmi les personnes contrôlées, trois n’ont pas été en mesure de présenter un permis de travail en règle. Inatteignable hier, le juge d’instruction a ordonné la cessation des activités de l’exploitation. Le magasin (lire ci-dessous), le stock, les locaux de production et les bureaux ont été mis sous scellés.


Pour André Fürst et ses employés, la source de leurs problèmes semble évidente: une bisbille entre les défenseurs de la plante cannabacée («La Liberté» du 30 juillet). Jean-Pierre Egger, président de l’Association suisse des amis du chanvre (ASAC), avait dénoncé le promoteur de Chanvre-Info, l’accusant de détenir de la teinture de chanvre tombant sous le coup de la loi sur les stupéfiants. André Fürst avait été dénoncé à la police fin juillet.


Aux yeux de Kurt Buchmann, mandaté par Chanvre-Info pour les relations publiques, ces saisies relèvent d’un paradoxe total: «La police passait environ une fois par semaine à la ferme. Pour se renseigner et pour effectuer certaines vérifications. Il y avait une espèce de collaboration», raconte-t-il. «André Fürst a des employés chargés de la sécurité. Un temps, ils attrapaient jusqu’à trois personnes par nuit qui tentaient de voler dans nos champs. Et ils étaient chargés de les dénoncer à la police. Depuis que les magasins de chanvre ont fermé en ville, c’est monnaie courante.»


Le commerce d’André Fürst, également à l’origine d’Expo-Chanvre, une manifestation destinée à informer le public sur les bienfaits de la plante, est pour l’instant fermé. «La seule chose qui m’ennuie, c’est que mes vingt employés sont au chômage technique. Et que les saisies risquent de reprendre chez les agriculteurs chanvriers. Mais nous poursuivrons nos activités. On peut toujours se tourner vers les cantons de Berne ou du Valais», lance le patron.


«L’argent ne m’intéresse pas. Si je dois faire de la prison, j’en ferai. De toute façon, il y a des dizaines de personnes qui peuvent reprendre le relais pour mener ce combat. Et si actuellement nous ne pouvons pas travailler dans la ferme de Morat, nous continuerons d’accueillir le public dans la cour.