Le chanvre, l’alternative aux fourrages traditionnels

Publié par : La Liberté / Fotos: Alain Wicht.
Discours de Jean-Pierre Egger
Agronome spécialisé, avocat
Président de l’Association Suisse des Amis/es du chanvre paysan (ASAC)

Me
sdames, Messieurs

Je vous souhaite, au nom des amis du chanvre paysan, la bienvenue à Esmonts.

Si vous avez fait le déplacement, si vous êtes ici à 10 heures le matin, entendons-nous bien, ce n’est pas pour y admirer la vue magnifique, non, vous êtes venu ici pour travailler, pour trouver une solution au problème de la sécheresse, pour parler de fourrage et pour voir comment en avoir en suffisance.

Merci à Messieurs Conus père & fils, cultivateurs de quatre poses de chanvre indigène pour le compte d’une société grisonne et ce avec l’appui de l’Association suisse des Amis/es du Chanvre paysan (ASAC), l’association qui, il y a exactement dix ans, ouvrait la renaissance du chanvre indigène suisse (sativa non-indica de son nom scientifique) en cultivant le premier champ. C’était il y a dix ans et cela se passait en Valais. 

Des remerciements vont au conseil communal d’Esmonts à qui on a demandé de prêter les drapeaux communal et cantonal, on remercie également l’Association suisse des Amis du Chanvre pour le beau drapeau suisse enrichi de la feuille de chanvre traditionnelle.

La visite de culture d’aujourd’hui s’inscrit dans un cadre d’information et de démonstration absolument nécessaire. Nécessaire, parce que la désinformation constante, systématique et orchestrée à propos du chanvre a été telle ces cinq dernières années que les agriculteurs sont plongés dans une grande incertitude et le public et les médias se débattent dans l’ignorance hélàs la plus complète quant à ce que disent et la loi et la botanique. Chanvre et marijuana, haschisch et plante de chanvre, tout cela est mis dans le même pot comme si on disait que kirsch et cerise, cerisier et alcool, arbre à fruit et schnaps, c’est tout du même au pareil. Depuis 1993 ce sont  deux ou trois bonnes centaines de paysans qui ont cultivé et commercialisé à travers l’ASAC de ce bon chanvre paysan et aucun, et aucun, je dis bien aucun n’a jamais eu de condamnation. Ce qu’on lit dans la presse ne concerne que des gaillards qui, aveuglés par un gain facile et deshonnête, se sont acoquinés avec une bande de voyoux, en grand nombres étrangers et dirigés par un malfrat valaisan qui a fait 40 mois de réclusion pour attaque de banque à main armée. Cinq années durant, il fut présenté comme pionnier du chanvre. Pionnier du chanvre, mon œil, il n’a jamais fait que du haschisch et de la marijuana.

Je vous apporte les bons vœux de 16 conseillers nationaux. En majorité paysan et UDC, mais aussi  socialiste, radical et pdc, je sais qu’ils aimeraient être ici pour contempler un beau champ de ce chanvre paysan qu’ils soutiennent. Ils le soutiennent ? Oui, assurément ! Ils ont rédigé et signé un manifeste qui dit en substance: « Nous voulons que le chanvre traditionnel puisse, comme c’est le cas aujourd’hui, se cultiver librement, sans entrave administrative ». A Berne, trois parlementaires paysan sur quatre ont signé devant moi le manifeste en faveur du chanvre paysan. Ce sont, entre autres, Messieurs Weyeneth, président UDC bernoise,  Fritz Oehrli, vice-président de l’Union suisse des paysans , Hansjörg Hassler, président de l’Union des paysan grisons, Josef Kunz, président du Mouvement paysan suisse, Walter Decurtins, ancien président des paysans grisons, Willi Wittenwiler, membre du comité directeur de l’Union suisse des paysan, Karl Tschuppert, président des agriculteurs zone hors-silage. Il y a aussi  Monsieur Bugnon, paysan UDC vaudois. Monsieur Bugnon, c’est un pur, un dur qui quand il entend le mot ‘drogue’ devient rouge d’indignation, rouge comme le vin qu’il produit. Et il est pour notre chanvre. Oui, car il sait que cela est bon. Il y a Hanspeter Seiler, ancien président de l’Assemblée fédérale,  il n’est pas paysan, mais président du conseil d’administration de Ballenberg, le musée patriotique en plein air. L’ancien Premier Citoyen de Suisse dort sur un des trois coussins achetés chez nous et confectionnés avec du chanvre comme celui ici à Esmonts et en beaucoup d’autres endroit en toute la Suisse. Si je révèle ce, petit, secret commercial, c’est parce qu’il montre que  le chanvre paysan est bien vu partout ou il y a des gens honnêtes et, surtout,  bien informés.Un jour que j’avais gagné un procès pour un de nos paysan, il m’a envoyé un fax : « Bravo, ich gratuliere, continuez ainsi ». Merci, Monsieur Seiler.

La droguerie de Ballenberg nous a écrit: « Envoyez-nous le plus rapidement des semences de chanvre indigène. Nous allons doner au chanvre indigène la place d’honneur qui lui revient parmis les plantes médicinales ». Oui, c’est vrai, on sait que le chanvre de chez nous soignait beaucoup de maladies dans le temps. Le chanvre indigène est très efficace en cas de migraines, de nervosité, de difficulté de sommeil. Des calculs ont été faits : Le chanvre paysan peut remplacer des médicaments synthétiques pour une somme de 800 millions de francs et c’est notre paysannerie qui produirait ce chanvre.

Mesdames, Messieurs, chers invités, j’apporte le salut de la commune zurichoise Wangen et de son syndic. Le drapeau de Wangen est une plante de chanvre paysan
– c’est le drapeau que vous voyez devant vous et qu’on nous a été prêté pour l’occasion. Le syndic de Wangen m’a dit: « Dites-leur que nous sommes fier de notre chanvre». Leur chanvre, c’est le chanvre honnête, traditionnel, suisse, celui qui s’étale devant vous et qui n’attend que la panse de vos vaches pour accomplir une bonne oeuvre. 

Mesdames, Messieurs, agriculteurs et chers invités, nous constatons tous qu’à cause de la sécheresse, d’un coup, tout est devenu fragile. Tout est devenu sec. Avec ça une chaleur insupportables pendant des jours et des jours comme on avait jamais connu ça. Même avec la climatisation, il ne faisait bon travailler dans les champs. La conjonction de la sécheresse, de la chaleur, de la température nocturne élevée, et de l’intensité du rayonnement solaire est responsable de malformation de plantes, de brûlures foliaires, de croissance chétive et du déssèchement de surfaces entières. L’offre en blé fourrager indigène est particulièrement rare cette année, inférieure de 25 à 30 %. Le seigle, c’est 30 % en moins, l’orge d’automne 20 %, le maïs n’atteint pas la moitié d’une année normale. L’autre jour, aux Grisons, à 1200 mètres, au pays du foin en abondances, j’ai vu un camion venu d’Allemagne qui déchargeait du foin. Du jamais vu. Des parcelles de maïs se négocient à 4000 frs/ha, alors que la marge brute se situe cette année à 2000 – 2500 francs. 

L’année prochaine, ça va être comment ? Bien malin qui sait le dire de façon 100% sûre, mais il semble bien, selon les experts, qu’en 2004 ça va être pareil ou en tout cas pas loin de ce qu’on a connu cette année. Ah oui  – et comment il poussera le fourrage en 2004? Et le mais, comment sera-il ? Y en aura-t-il en suffisance. C’est bien possible que non. Combien seront-ils alors ceux qui payeront cher de quoi nourrir leurs bêtes ? Personne ne peut le dire…mais aujourd’hui déjà on a des situations graves. Les experts le disent : Suite à la globalisation et au réchauffement climatique on s’attend à l’apparition de nouvelles maladies pour le bétail et les cultures. Les temps s’annoncent durs pour tous et pour tout le monde. Que faire ? Ce qu’il faut faire, c’est trouver une solution pratique et utile. 

Il n’y a pas eu de pluie cette année. Il est des champs où du fourrage il n’y en a que pour une poignée de bêtes, c’est tout. Pour limiter les dégâts, il y a l’irrigation. Mais irriguer, on l’a vu, ce n’est pas possible à la longue et surtout, il en a peu qui ont la chance d’avoir un cours d’eau à côté des champs. L’irrigation, ce n’est donc pas une solution.

Une solution, c’est le chanvre. Le chanvre de chez nous, le chanvre paysan. C’est du vrai, du solide. Ca pousse bien malgrès la sécheresse. Le chanvre qu’on cultivait obligatoirement en Deuxième Guerre mondiale, quand les frontières étaient fermées et qu’il fallait fournir la patrie en matières premières et en nourriture. Le chanvre qui a donné son nom  à la famille des Chenevar, paysans genevois et à celle des Chenevières. Chenevière vient du vieux français chenevis, en latin cannabis. Monsieur Chenevière, l’ancien directeur de la télévision suisse-romande, s’appelait donc en fait Monsieur Chanvrier. Le sait-il seulement ? C’est peu probable, puisque sa télévision n’a jamais su dire quelque chose d’intelligent sur notre chanvre. Je me rappelle ce Massimo Lorenzi, au téléjournal, disant, tout fier de sa science, fallait le voir :  «Le THC, c’est la matière première pour la fabrication du haschisch ». C’est aussi bête que de dire: « Le degré Oechsle, c’est la matière première pour la fabrication du Cognac ». 

Messieurs, Mesdames, chers invités, il règne  à propos du chanvre une très grande ignorance. Cette ignorance  -cela est désolant et très dommage-  fait du tort au pays,
à notre agriculture, ça c’est sûr. Une bonne part des centaines de millions de pertes que la sécheresse coûte aux paysans est due au manque de fourrage. S’il y avait eu assez de fourrage, n’est-ce pas, on aurait eu une bonne centaine de millions de moins de pertes. Lemanque de fourrage pouvait-il être éviter ? La réponse est : en Europe non – en Suisse, oui, très certainement oui. En d’autres mots, si les paysans avaient semé au printemps 2003 du chanvre fourrager, ils auraient recolté   -malgrès la sécheresse-  des milliers de tonnes de bonnes protéines et de graisse, des vitamines et du fer, de la cellulose. Avec le chanvre paysan, les paysans auraient gagné une bonne centaine de millions de francs en plus, ça c’est sûr et certain, chacun peut faire les calculs. La responsabilité pour cette perte incombe  à l’Office fédéral de l’agriculture, l’OFAG, parce qu’il n’a pas informé les paysan des possibilités de cultiver du chanvre fourrager, pire, on a tout fait à l’OFAG pour que la paysannerie ne sache pas que le chanvre indigène est bon pour elle, est bon pour le pays, est bon pour l’industrie. Une bonne centaine de millions de pertes, voilà ce que nous ont coûté deux ou trois employés incompétents, un directeur absent et un chef de département qui ne dirige rien parce que de l’agriculture il ne connaît presque rien. 

Ce qui est sûr aussi, c’est que si sécheresse il y a l’année prochaine, alors la situation sera très sérieuse, l’affouragement se vendra cher : plus de 4’500 frs/l’ha, un prix de fou, déjà pratiqué aujourd’hui en Suisse-allemande. Qui a envie de payer ça ? Personne bien sûr. Mais, d’autre part, qui a envie de vendre ses bêtes à des prix bradés, qui a envie d’aller ensuite travailler en fabrique ou pointer au chômage?  Personne. Alors que faire quand la sécheresse reviendra ? On peut ou espérer qu’il n’y en aura pas, c’est la passivité, ou trouver une solution. Une solution, c’est quoi ? Certainement pas ces appels à la solidarité qu’on nous lance: « Soyez gentil entre vous, ne montez pas les prix, ne profitez pas de la situation ». Des mots, de la théorie, du curé tout ça. En ces temps difficiles, à qui reprocher de faire jouer les lois du marché, de se constituer une petite réserve d’argent bien nécessaire en ces temps difficiles? A qui le reprocher ? A personne, c’est sûr. Charité bien ordonnée, qu’on sache, a toujours commencé par soi-même. Solidarité, c’est le mot creux dans la bouche vide de ceux qui n’ont pas de perspectives, qui n’ont pas de solution. Une solution, c’est de chercher et de trouver.

Et on a trouvé. En effet, il est une solution en Suisse contre la sécheresse. Une solution que n’a pas le reste de l’Europe, ni le monde entier. Nous, ici, sommes les seuls à en avoir une de solution. Je ne dis pas que c’est la solution pour effacer tout les problème, non, mais c’est une solution qui fait du bien, qui a fait ses preuves parmis les générations et les générations qui nous ont précédés. Cette solution, Mesdames, Messieurs, s’appelle chanvre paysan,  c’est le chanvre à nous. A ne pas confondre avec son cousin bazané, le chanvre indien, cannabis indica, le chanvre à Rappaz, génétiquement modifié, artificiel, qui pousse d’abord sous tunnel, puis est repiqué en terre sous forme de plantons. Qui ne sert qu’à être mélangé avec une cigarette à nicotine, c’est ce qui s’appelle un joint. Du chimique, du chenil tout ça.

A ne pas confondre non plus avec le chanvre monoïque, le Fedora 19, le Futura 77, le Felina 34, etc. une plante qui n’existe pas dans la nature, hybride et pourtant subventionnée par l’office fédéral de l’agriculture, dont personne ne veut parce qu’elle ne vaut rien. Dans un rapport que tiennent secret les dirigeants de l’USP, mais dont nous avons une copie, il est dit que le chanvre hybride ne vaut rien, que les récoltes sont détruites ou brûlées parce qu’il n’y a absolument aucun marché en Suisse – ni ailleurs dans le monde. Les Français en font depuis quarante ans, de ce chanvre hybride et ils n’ont jamais su en faire autre chose que de la pâte à papier. Or, de la pâte àpapier, il y en a en surplus, partout dans le monde. L’OFAG sait tout cela, tout particulièrement son vice-directeur, Monsieur Darbellay. Darbellay s’en fiche, du chanvre paysan et des paysans, parce que lui, grand ami de l’Union européenne car ce qu’il veut, c’est qu’en Suisse tout soit euro-compatible. Bientôt, il faudra avoir honte d’être paysan suisse. Et comme notre chanvre traditionnel n’est pas euro-compatible, Monsieur Darbellay n’en veut pas. Et  pour servir l’intégration à l’UE, région du monde ou le chanvre paysan n’existe plus, on subventionne une cult
re qu’on brûle après récolte, on jette par la fenêtre des  millions de francs du contribuable, de l’argent qui reviendrait normalement à l’agriculture suisse. Ou sont les journeaux paysan, ou sont-ils, l’Agri, le Sillon romand, pour protester et dire ‘stop’, ou sont-ils les Cuche, les Dupraz, les Duc et autres grandes gueules agricoles– ah, elles sont absentes, elles préfèrent parler de Cancun ou préparer d’inutiles référendum contre l’OMC, têtes plongées en avant sur les caméras de télévision.

M
onsieur Blocher m’écrit : Je vous félicite pour le beau succès commercial du chanvre paysan. Je sais qu’à l’OFAG on veut supprimer le chanvre indigène. Je leur ai parlé, ils m’ont répondu que d’interdire le chanvre indigène est un argument en faveur des bilatérales. Messieurs, Mesdames, chers invités, l’OFAG trahit la paysannerie suisse.

Car, n’est-ce pas, avec le chanvre paysan nous avons, en Suisse, de quoi réduire sensiblement les pertes agricoles dues au manque de fourrage. Et pourquoi donc, s’il-vous-plaît ? Tout simplement parce que le chanvre paysan pousse bien même par temps dec sécheresse. Cela est prouvé, sûr. Ce qui est sûr aussi, archisûr, c’est que celui qui payera 4’000 frs l’hectare fourrager l’année prochaine, ce sera parce qu’il n’aura pas semé du chanvre fourrager. 

Le chanvre fourrager, au fond c’est quoi ? Le chanvre fourrager, c’est le champ qui est devant nous, d’un beau vert, aux feuillage dru. Depuis qu’il a été semé il n’a eu que quelques 25 mm de pluie en tout et pour tout.  Et alors que les cultures fourragères sont dans l’état que nous savons  – volume  diminué et basse valeur nutritive, on parle d’une energie nette de lactation de 5, tout au plus de 5 et demi – Alors que le maïs par endroit est attaqué par les blaireaux que la faim pousse hors de la forêt- l’autre jour une assurance a constaté 30 % de pertes-  le chanvre paysan lui est en parfaite santé. Le champs d’Esmonts en est la preuve. Manque d’eau ? Connaît pas. Ou presque pas. 

Que nous donne le chanvre paysan ? Il nous donne de l’assurance: les tiges sont bien formées, bien irriguées, les feuilles ont une bonne texture, la graine est pleine à craquer de graisse.  Le champ ici est beau, sain, certes, mais s’il avait eu un tout petit peu plus de pluie, alors il serait plus beau, plus gros. Notre chanvre paysan, c’est la vérité, il est plein d’énergie, c’est de l’Ovomaltine pour notre bétail, qu’il pleuve normal ou qu’il ne pleuve presque rien. Ce sont quelques 30 à 35 tonnes de matière verte par ha avec un bon 30 % de matière sèche. 

Et que vaut cette matière verte, du point de vue de l’affouragement ? Les essais sont faits, les analyses sont là:

Premier exemple: le chanvre fourrager mélangé à l’orge (un quart de chanvre et trois quarts d’orge) cela donne par kg de matière sèche:  protéines 135 g, de la graisse 95 g, fibres 55 g, calcium : 1,1 g, phosfore 3, 8 gr, fer 112 mg, un merveilleux NEL de
7, 9 mégajoules, un  PAI (protéines absorbables par intestin) de  85 g/kg. 

Deuxième exemple : le chanvre fourrager mélangé au mais, 50 %  et 50%, cela donne, par kilo de matière sèche : protéines brutes 86 g (maïs seul : 78 g/kg), cellulose 200 g (maïs seul : 181), NEL 6,4 mj , PAI 86 . On constate que le chanvre fourrager, c’est en moyenne dix pour cents de plus de valeur nutritive que le maïs.  

Troisième exemple: le chanvre tout seul, c’est-à-dire toute la plante, tronc, tiges, feuilles, fleurs et grains, c’est très bien aussi. Avec une matière sèche de 30 % on obtient en protéines brutes: 158 g/kg (maïs : la moitié seulement), une énergie nette lactation (NEL) de 7 mj/kg, cellulose: 311 g/kg, fer: 335 mg/kg. 

Tout cela dépasse en valeur le maïs, mais ce n’est pas tout, le chanvre fourrager a un plus à offrir au paysan. Ce plus c’est 128 g de graisse par kg. Eh oui, à la différence du mais qui n’en a pas, le chanvre fourrager, lui, contient un bon paquet de graisse. Le chanvre fourrager, c’est un duopack de protèines brutes et de graisse. Avec le chanvre fourrager, pas besoin d’acheter du tourteau de soya à 70 frs/100 kg ou de colza à 40 frs/100 kg. 128 grammes de graisse par kg de chanvre fourrager, cela fait 1 tonne et demie de graisse par ha. Un vrai bonus que la graisse du chanvre paysan. Pour obtenir une tonne et demie de graisse avec du tourteau de soya, ce sont 4, 3 tonnes qu’il faut avoir. A 40 frs les 100 kilos, cela coûte exactement 1’720 frs. 1’720 francs d’économisé avec le chanvre fourrager.

En bref, calculé d’après sa valeur nutritive, un ha de chanvre fourrager vaut ce que vaut un ha de bon maïs, disons 3’300 frs, plus 1’720 frs de graisse, donc plus de 5’000 frs. Calculé selon les normes bio, c’est même plus: un ha de mais bio vaut 5’000 frs plus 1’720 frs de graisse, c’est donc 6’720 frs. 

Nutrition des animaux


Comment les animaux trouvent-ils le chanvre. Ils le trouvent bon. L’appétence du chanvre est bonne. J’ai moi-même donné du chanvre, en bouchons, au chien de cinq conseillers nationaux paysan, et tous ont beaucoup aimé. Le chanvre vert est mangé volontiers par les lapins, les cochons, le gros bétail, les chevaux et les poules. L’autre jour, quelquepart dans le Jura, on élève des lamas – et bien, ces lamas aiment manger du chanvre fourrager.

Outre ses très bonnes qualités nutritives, le chanvre fourrager a un atout que n’ont pas les autres cultures fourragères : il a un effet très positif sur le stress. Nous les hommes, nous connaissons le stress et en souffrons. Mais les animaux de l’agriculture moderne aussi souffrent de stress. Cela se traduit par une perte d’appétit, donc par une croissance diminuée. Le chanvre paysan est la solution. En effet, le chanvre a un léger effet tranquillisant.

Le chanvre fourrager est très apprécié des éleveurs de porc, car avec le chanvre fourrager les pourceau ne souffrent plus de stress quand il s’agit de les séparer de leur mère pour les nourrir à l’aliment solide. Ce stress provoque la diarrhée, ce qui à son tour fait obstacle à un engraissement régulier et entraîne de plus des frais de médicaments. Alimentés avec du chanvre fourrager, le stress s’envole. Un pourceau non stressé est un pourceau heureux qui mange et a une bonne croissance.

Il y a le cannibalisme porcin : les bêtes se mordent la queue ou les oreilles. Pour lutter contre cela, on leur donne traditionnellement des orties à manger. Mais maintenant qu’on a du chanvre, c’est bien mieux, c’est la panacée avec comme résultat un accroissement musculaire et un meilleur résultat financier à la clef. Regardez,  il y a trois semaines j’étais tôt le matin chez le conseiller national et paysan Weyeneth quand son fils David sortait de l’étable une énorme et magnifique truie, hélas, les quatre pattes en l’air. Morte par coup de chaleur : 37,5 degrés. On m’a expliqué que ce n’est pas tant la chaleur en soi qui a tué la bête, mais le stress du à la chaleur, stress qui a énervé la bête et diminué ses défenses naturelles. La truie aurait eu du chanvre fourrager à manger, c’est sûr comme certain qu’elle serait encore en vie, pour la plus grande joie financière de son propriétaire.

Le problème qui affecte les vaches c’est la fécondité. Les vaches ne sont plus aussi féconde que par le passé. Pourquoi ? Parce que leur vie moderne, leur alimentation, la turbo-production de lait, la grandeur du troupeau, le manque d’espace personnel, l’insémination artificielle, ne pas savoir ce qu’est un bon taureau sur les épaules, tout cela concurre à une augmentation du stress, donc à une diminution de la vitalité. Si la vitalité diminue, alors diminue aussi la fécondité. Aujourd’hui une vache sur trois a besoin d’être inséminée une deuxième fois. Si la troisième fois ça ne marche pas, c’est hop à la boucherie avec ce que cela signifie de temps à s’énerver, d’argent perdu en semence. La tendance est vers l’augmentation des pertes de fécondité et  il n’y a rien sur le marché pour contrer cette tendance. Bientôt peut-être ce sera deux vaches sur trois qu’il faudra ensemencer deux fois et une vache sur cinq qui passera direct à la boucherie. Que faire ? Que faire, demande-t-on ? Alors que la réponse est là depuis plusieurs années. Depuis plusieurs années en effet on donne du chanvre paysan aux vaches. Résultat : la vitalité revient, le stress diminue visiblement, jusqu’à disparaître même. Le  vétérinaire ne vient plus si souvent, c’est une grande économie. Que ceux qui n’y croient pas essaient : ils verront de leur propre yeux.   

Il n’y a qu’une seule règle, facile, à observer : le chanvre en vert est bon à fourrager quand il n’y a pas de résine. Le chanvre n’est d’ailleurs pas la seule plante dont le paysan doit se méfier à un certain moment. Trop de trèfle et trop jeune, on sait que ce n’est pas bon. Avec le chanvre il n’y a aucune difficulté, il suffit de bien choisir la période de récolte. Nous avons fait un test avec des bêtes, leur donnant à manger une quantité bien dix fois trop grande de chanvre vert avec beaucoup de résine. Résultat : un bovin n’en souffre pas sérieusement. Ce qui se passe, c’est qu’il entre en un état de grande somnolence, le cerveau s’endort, le système nerveux central ralentit, le mouvement péristaltique aussi et l’animal ne rumine plus que très lentement, quelques 20, dix mouvement de mastication par minute, et s’arrête. Rien de grave.
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l suffit de purger l’estomac et le moteur repart. Et au contraire de ce qui se passe, hélàs, très souvent quand la tétine est vide deux ou trois jours, c’est que le lait ne sort plus aussi abondant. Or, avec le chanvre, rien de tout cela, une semaine après tout la lactation était rétablit tip top en ordre.

Mesdames, Messieurs, chers amis, après toute cette théorie, place au concret. Nous suspendons là les discours, le temps d’une pause, le temps de rendre visite à ce chanvre fourrager qui s’étale devant vous. Vous êtes invités à aller dans le champ, vous y promener, vous glisser parmis les plantes jusqu’au fond du champ et revenir par les bords,  voir de quoi elle a l’air, cette plante de chanvre fourrager pour laquelle vous avez, certains, fait un long voyage.Vous êtes invités à acheter de la bonne tisane de chanvre ou un mélange pour ceux qui veulent arrêter de fumer. D’ici un quart d’heure, nous nous retrouvons pour la deuxième partie, c’est-à-dire une présentation de la technique, fort simple d’ailleurs, du semis et de la récolte du chanvre paysan. Nous ferons alors passer le bec à mais et tout le monde pourra voir de quoi cela a l’air, du chanvre fourrager prêt à être mis au silo ou transformé en bouchons.


On verra aussi ce que dit la loi concernant le chanvre paysan.


Et on dira deux mots sur les contrats de culture.  Un microphone portatif circulera et  qui le désire pourra poser une question, demander une précision. Ce qu’il faut, c’est qu’en partant d’ici chacun saura ce qu’il en est du chanvre agricole, chacun pourra dire: « Je ne suis pas juriste, je ne suis pas avocat, mais comme la loi sur le chanvre est simple, qu’elle est claire, je sais  tout ce qu’il faut savoir ».

Bonne visite donc et à bientôt, d’ici un quart d’heure. 

Les semailles et la récolte

Le sol est bien préparé, fin, comme pour le colza. On sème à 5 mm de profondeur avec un semoir à betteraves. Les monodisques vont parfaitement bien, la semence de chanvre a 2 à 3 mm de diamètre. Pour ceux qui font du mais bio, c’est encore plus simple : on sème trois lignes de mais et une ligne de chanvre fourrager. Pour ce qui est de la fumure, c’est comme pour le maïs. On récolte avec l’ensileuse ou le bec à mais.  

Avec le chanvre paysan pas besoin du tout de pesticides. En effet, le chanvre est une plante extraordinaire qui produit ses propres substances de défenses. Avec le chanvre paysan, voyez-vous, on est automatiquement dans la culture bio. Et en ces temps qui courent, c’est là bien un argument de poids. 


Si on veut un engrais vert du tonnerre, on plante du chanvre paysan et le laboure ensuite. Ce sont 35 tonnes de super matière organique que le paysan met dans son champ. On saît depuis toujours que le chanvre regénère le sol, prépare une surface propre, aérée, nettoyée de nématodes, bref une surface tip-top pour la prochaine culture. 

Si on cultive le chanvre non pas pour le fourrage, mais pour les fleurs qui servent ensuite à faire des produits non-alimentaires, c’est 14’000 frs la pose, avec un travail égal au tabac. Le chanvre se sème ou se préopare en semis, c’est comme on veut. Au contraire du tabac, le chanvre ne craint pas la grêle. S’il grêle, les dégâts sont minimes. On peut assurer le chanvre paysan contre la grêle. 

Pour qui s’intéresse activement à la culture de chanvre paysan pour l’année prochaine il y aura une formule d’annonce qu’on va distribuer à la fin de la visite. 

Légalité

La question que se pose un chacun est la suivante : c’est légal de cultiver du chanvre fourrager ? La réponse est claire, elle est nette et elle se lit dans la loi : oui, c’est légal. C’est même plus que légal, c’est libre et il ne faut pas demander d’autorisation. 

Maintenant il y a une liste qui existe, une liste de l’OFAG ou sont énumérés une dizaine de sortes de chanvre hybride. L’opinion qui prévaut est que cette liste est obligatoire et que qui cultive une autre sorte se rend punissable. Cette opinion est fausse. Le procureur général de la Confédération le confirme dans une directive: « Il n’y a en Suisse pas de liste qui dise quel chanvre on peut cultiver et quel autre non. Tout chanvre est librement cultivable ». Le directeur de l’OFAG écrit : La liste n’est obligatoire que pour qui veut la subvention, mais celui qui ne veut pas de subvention peut planter ce qu’il veut, et il a de toutes façon droit au paiement direct de 1’600 frs/ha ». Notre chanvre paysan est inscrit officiellement sur la formule d’annonce des cultures sous le numéro 533.

Dans le livre officiel de la Confédération des aliments pour bestiaux figure le chanvre paysan, inscrit au numéros 2.11, 2,12 et 6,5.


Les tribunaux ont depuis longtemps appliqué la loi et dit que le chanvre paysan, ce n’est pas du chanvre indien et que le chanvre de chez nous est libre de culture et d’emploi. C’est le chanvre indien qui a étémis sous contrôle en 1951. Jamais le Parlement de 1951, avec son gros de conseillers nationaux paysan, n’aurait interdit le chanvre paysan si utile durant le Plan Wahlen de la dernière guerre. C’est ainsi que, des deux à trois cents paysan qui, depuis 1994, font du chanvre paysan, aucun, je dis bien aucun, n’a jamais été condamné ou puni. Moi-même j’ai eu un procès il y quelques années, procès que j’ai gagné. Le jugement dit : Comme l’accusé Egger fait remarquer avec pertinence, la loi parle de chanvre indien. Or il est connû de tous que le chanvre indien a un effet bien différent du chanvre paysan ».

Pourquoi alors entend-on le contraire, pourquoi dans les médias dit-on le contraire? Il y a malentendu. Les  médias ne disent  pas vraiment le contraire, simplement quand on y parle de chanvre, c’est toujours de chanvre indien génétiquement manipulé qu’il s’agit. Jamais de notre bon et brave chanvre paysan. D’ailleurs, avez-vous jamais vu un vrai paysan à la télévision – non, jamais c’est toujours un Rappaz qu’on y voit. Rien qu’avec sa vilaine tête, Rappaz nous montre que son chanvre n’est pas honnête.  

Ce qu’il faut savoir, c’est que la résistance au chanvre ne vient pas, mais alors pas du tout de gens honnêtes, raisonnables, respectueux de la loi et de la réalité agricole. 

La raison principale pourquoi notre chanvre paysan traditionnel n’est pas aimé en certains milieux, c’est qu’il n’est pas euro-compatible. Il faut savoir qu’en  Union européenne il n’y a plus de chanvre paysan. Donc si la Suisse veut entrer en Union Européenne, elle doit le faire sans chanvre paysan. C’est comme cela. Monsieur Blocher m’a écrit : « Je sais, dit-il, que l’OFAG veut supprimer notre chanvre. Je lui ai dit que cela n’est pas nécessaire, mais on m’a répondu que cela est un avantage pour les discussions bilatérales ». Le sous-directeur de l’OFAG déclare dans un grand journal anglais : » Si on devait cultiver du chanvre paysan à grande échelle en Suisse, il y aura des pression venant de nos voisins et alors nous changerons la loi. Ce n’est pas les paysans qui vont nous en empêcher. En effet, comme ils recoivent beaucoup de subventions,  s’ils plantent du chanvre,  on va leur  supprimer l’argent, alors ils se soumettront ».  Si Gessler revenait, il dirait à Guillaume Tell : « Moi, je n’aurais jamais osé dire cela, pas vrai? ».

Mesdames, Messieurs, cela fait dix ans que je suis dans le chanvre paysan et j’en apprends encore tous les jours. On a fait des calculs qui prouvent que si la Suisse avait eu le chanvre fourrager, on n’aurait alors pas eu besoin de fourrager des cadavres d’animaux à ces merveilleuses et douces bêtes que sont nos vaches laitières. Et sans farines animales on aurait pas eu les vaches folles, c’est aussi simple que cela.

Soyons fiers de notre chanvre, achetons de la semence, plantons-le, nous avons un monopole que le monde entier nous envie : Seule la Suisse peut librement cultiver du chanvre.