Communiqué 29.09.2003

Publié par : ASAC.

Deux juges d’instruction en délicatesse avec le code de procédure pénale
Police et médias fribourgeois à nouveau instrumentalisés


L’opération Litzistorf (‘’1 tonne de chanvre [indien] saisie’’) – reprise en première page par ‘La Liberté’ et les ‘Freiburger Nachrichten’ de jeudi passé – fait partie d’un plan de désinformation, au but d’influencer négativement la question du chanvre (indien) auprès des parlementaires fédéraux (communiqué ASAC du 01.03.2000).


La descente de police à Litzistorf du mercredi passé était planifiée de longue date pour coïncider jour pour jour avec les débats du National sur le chanvre (indien). Quelques employés de justice d’autres cantons s’étaient concertés pour émettre à la même époque et à l’adresse des médias des communiqués alarmistes faisant état de saisies importantes de chanvre (indien) et d’arrestations y-relatives (voir communiqué ASAC du 24 crt).  C’est ainsi que le vendredi 19 crt, ‘La Liberté’ avait reproduit – sous la plume du journaliste Patrice Favre et en première page – des informations fantaisistes et alarmistes venues du Tessin, un autre canton où on a laissé prospérer depuis 2000 de vastes cultures sous serre de chanvre indien destiné au séquestre au moment même où se réunissent les parlementaires fédéraux.


L’activité à Litzistorf – quelques 30 – 50’000 m2  de chanvre indien sélectionné – était suivie par la police cantonale fribourgeoise et les juges d’instruction Julmy et Tormann. Contrairement au principe procédural de célérité qui exige qu’une affaire pénale soit rapidement menée à sa fin, des dispositions ont été prises pour que la police judiciaire n’intervienne pas. 20 tonnes de marchandise considérée comme illégale et produites à Litzistorf depuis 2000, ont ainsi été distribuées et vendues pour une recette d’environ 120 millions de francs.


Le cas de Litzistorf suit de près celui de Chanvre-info, autre intervention policière très largement relayée par les médias. Chanvre-info avait pu faire sur trois ans un chiffre d’affaire de cinq millions de francs avant que le JI Torman n’arrête son gérant, le Moratois André Fürst.


ASAC





 









La Liberté,   mercredi 16 octobre 2002,


Le chanvre agricole offrant des revenus insuffisants, certains chanvriers se tournent vers d’autres variétés. MC FREDDY


Quand le chanvre à fumer finance une exploitation


enquête · La récolte de chanvre touche à sa fin. Une partie des plantes distillées sert de couverture à ce qui sera revendu sous forme de cannabis. Le chanvrier moratois André Fürst en a assez de jouer à cache-cache avec la police. Révélations.


Ron Hochuli


Des effluves douces-amères sont perceptibles de loin. Aux abords de la ferme de Chanvre-info à Morat, plusieurs hommes s’activent dans les champs et autour de la machine à distiller mobile. Dans une ambiance bon enfant, un peu comme s’ils cherchaient de l’or tout en sachant qu’ils n’en trouveraient pas, ou qu’ils en ont déjà suffisamment. Des visiteurs polonais prennent des photos.


Une fois coupées, les branches de la plante sont élaguées: ne passent dans les cuves que les fleurs, les feuilles et les petites tiges. Chauffé à 110 degrés, le chanvre «transpire» de l’huile essentielle. Pour un mètre cube de liquide, il faut environ 760 kilogrammes de matière végétale.


 L’huile est un alibi 


«En ce moment, on travaille 24 heures sur 24», assure Stefan Gerber, qui sillonne la Suisse entière pour le compte d’une distillerie soleuroise. Si cette activité semble rentable pour la poignée de distillateurs que compte le pays, elle l’est beaucoup moins pour les chanvriers. «L’huile a l’avantage de pouvoir se conserver durant une trentaine d’années, et tant la vente que la production sont parfaitement légales. Mais soyons honnêtes: il y en a beaucoup trop», admet André Fürst, patron de Chanvre-info. «Nous, on a réussi à créer un marché. Parce qu’on était parmi les premiers à se lancer dans ce créneau et que nous sommes parvenus à fidéliser une clientèle. En règle générale, les chanvriers qui fabriquent de l’huile sont ceux qui se sont fait pincer (une fois récupérée la récolte séquestrée par la police, ils la distillent)… ou qui ne veulent pas l’être. En somme, c’est un pur alibi.»
Les activités de Chanvre-info demandent de très grands moyens: le patron a acquis une énorme infrastructure de recherche et de fabrication de fibres textiles, de matériaux de construction ou d’aliments. Durant Expo.02, il a monté une exposition qui a impliqué un investissement de plusieurs centaines de milliers de francs. Mais si l’entreprise affiche un chiffre d’affaires annuel dépassant les deux millions de francs, ce n’est pas grâce à la vente de produits cosmétiques, d’habits ou de limonade parfumée. Ce qui rapporte, ce sont les «produits thérapeutiques» comme les appellent ses employés. En clair, la sorte qui, après avoir été séchée, se fume.


«subventions? une hypocrisie»


Car sur la côte de Prehl, à Morat, ce n’est pas du chanvre agricole qui pousse. «Il faut arrêter cette monumentale hypocrisie: à quoi ça rime de toucher 1500 fr. de paiements directs par hectare pour la culture d’un produit qui, objectivement, ne sert à rien?» L’OFAG tolère et subventionne le chanvre contenant au maximum 0,3% de THC (substance psychotrope). Celui de Chanvre-info affiche un taux compris entre 3 et 6%.
Transformé, il permettrait de produire des matériaux de construction très efficaces, du cellutec (matière bien plus solide que le plastique, qui présente l’avantage d’être biodégradable), des fibres textiles et même de l’eau de vie. «Il faut un taux de THC assez conséquent pour que le chanvre se prête à la transformation. Et il y a un marché potentiel énorme.»
C’est également l’avis des deux visiteurs polonais qui se promènent depuis deux bonnes heures autour de la ferme. La soixantaine soignée, ils photographient tout ce qu’ils peuvent avant d’expliquer: «On vient chercher des conseils. Le taux de THC autorisé chez nous n’est que de 0,2%: c’est suffisant pour faire du papier», explique le Dr Ryszard Kaniewski, de l’Institut national des fibres à Poznan.


au chat et à la souris


La police a séquestré une bonne partie de la récolte de l’entreprise moratoise voilà un peu plus d’un mois (La Liberté du 3 septembre). C’est ce qui a conduit André Fürst à «nettoyer» le site internet de l’entreprise de tout produit douteux. Il continue néanmoins d’en sécher dans la cour intérieure de sa ferme.
«A Morat, on est à la croisée de trois cantons; et nous sommes aussi implantés à Berne et en Valais, où on nous fiche la paix. Mais je trouve ridicule de ne pas avoir le droit de faire le même travail à Fribourg.» Et  André Fürst de poursuivre avec un sourire malicieux: «La police ne me lâche pas les baskets depuis 1998. C’est simple: si elle débarque une nouvelle fois, je distillerai ce chanvre. Si je suis épargné, j’en ferai des produits thérapeutiques… enfin, vous savez quoi. Il ne faut pas se voiler la face: il y a des dizaines de milliers de personnes qui fument en Suisse.» Optimiste, André Fürst espère une légalisation d’ici deux à quatre ans. Sur le plan financier, certains de ses confrères regretteront sans doute amèrement une drogue douce prohibée.  
RH







Le chanvre agricole ne paie pas


A peine 20 hectares subventionnés. Les paysans suisses ne se battent pas pour cultiver du chanvre agricole. Selon les chiffres de l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG), les demandes de subventions restent rares. Après contrôle, 20 hectares ont dû être refusés pour des variétés non conformes. Il y a tout juste 16 hectares «déclarés» pour toute la Suisse, soit, en surface, une petite exploitation agricole. «Et on estime de 150 à 200 hectares les surface de chanvre avec un taux de THC qui dépasse le 0,3% autorisé», indique Christophe Darbellay, chef de la division principale des paiements directs.


Pour obtenir ces subventions, les agriculteurs font une demande. En cas de contrôle, ils doivent prouver qu’ils ont utilisé des semences autorisées et que la marchandise n’a pas été commercialisée comme stupéfiant. A la suite de quoi un laboratoire bernois analysera des échantillons de l’agriculteur demandeur de primes de culture. «Le nombre de demandes est stable depuis 1998», précise le vice-directeur de l’OFAG. «Il n’y a apparemment pas de marché, la valeur ajoutée étant très faible: on utilise ce chanvre comme  substitut de terreau ou en tant que matière première renouvelable vendue souvent au prix de la paille».
Les chanvriers «non déclarés» affichent une marge bien plus attrayante. Selon les estimations de l’OFAG, le rendement pour un cultivateur de chanvre non conforme varie entre 50 000 et 100 000 francs par hectare et par an, s’il revend la récolte à un grossiste. Dans le cas où l’agriculteur revend lui-même ce chanvre «récréatif», son rendement pourrait varier entre 200 000 et 400 000 francs. «Ils peuvent pratiquer des prix exorbitants grâce à cette zone grise sur le plan légal. Le chanvre est illégal mais toléré dans de nombreux cantons. Le jour où le cannabis sera légalisé, le prix du chanvre ne sera pas beaucoup plus élevé que celui du colza», conclut Christophe Darbellay. D’après lui, les Alémaniques seraient bien plus favorables que les Romands à cette légalisation, «même dans les milieux conservateurs». 
RH